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Le voile de carême 2009

Sauvegarder la création divine
pour que tous puissent vivre

La création, c’est un sujet qui intéresse les paroisses, les écoles, les groupes de réflexion, les "groupes Tiers Monde"... Alors pourquoi pas aussi le voile de carême de MISEREOR ?
De fait, quel message peuvent nous délivrer sur ce sujet les populations d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine ? Comment voient-elles la création ? L’artiste africain Tony Nwachukwu l’a placée au centre du voile de carême qu’il a peint pour les campagnes de MISEREOR 2009 et 2010. Tony connaît bien la Bible. Il établit un parallèle entre l’Ancien et le Nouveau Testament, fait le lien entre le récit de la création et son vécu quotidien au Nigeria. Il y associe le monde globalisé et s’adresse ainsi directement à nous.

L’artiste distingue trois parties : la création selon la Genèse (partie du haut), la mise en péril de la création (côté gauche), la vision de la sauvegarde de la création par les hommes de tous les continents (côté droit).

La création selon le 1er chapitre de la Genèse
L’élément central est composé du rouleau de parchemin, du bras du Créateur (sur le modèle de la célèbre fresque de Michel-Ange dans la chapelle Sixtine) et de l’Esprit de Dieu qui « planait au-dessus des eaux » symbolisé par la colombe.
Le rouleau de parchemin ne commence pas avec le récit de la création, mais dans l’infini qui se déroule jusqu’au temps présent. Pourquoi ? Que met en scène l’artiste ? « Au commencement était le Verbe… et le Verbe était Dieu. Par lui, tout s’est fait, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui » nous rappelle l’artiste en citant les paroles du commencement de l’Évangile selon saint Jean. Le rouleau sans début... Un symbole simple et séduisant pour dire quelque chose d’essentiel sur Jésus Christ.
La puissance créatrice de Dieu, symbolisée par le bras tendu, ramène même à la vie ce qui était mort. Comme axe du rouleau, l’artiste a eu l’idée originale de choisir un os. Il reprend ici la vision du prophète Ezékiel de la vallée pleine d’ossements (Ez 37). Les ailes de la colombe, symbolisant le souffle de Dieu planant au-dessus des eaux, se fondent dans le rouleau de parchemin et illustrent ainsi la volonté créatrice de Dieu. Celle-ci représentée schématiquement par le soleil, la lune, les plantes, les animaux et les êtres humains (au centre gauche), fait revivre, par sa parole, les choses, les êtres vivants et enfin nous les êtres humains (partie droite du rouleau). L’agencement en strates comme différents bas-reliefs reconstitue les jours de la création : la lumière, les ténèbres, les plantes, le soleil, la lune, les animaux et l’homme. « Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait : c’était très bon. » (Gn 1, 31)

La mise en péril de la création
Comment l’homme traite-t-il la création ?
Comme nous l’avons déjà indiqué, le peintre est originaire du Nigeria. Il nous décrit ce qu’il connaît de son pays, sa perception de la destruction de l’environnement et du changement climatique : l’érosion des terres et les sols desséchés. Des rivières qui sortent de leur lit suite aux intempéries et qui menacent les habitations censées protéger leurs habitants. Des eaux polluées par le pétrole qui tuent les poissons et rendent impossibles les cultures. C’est la terrible réalité que vit la belle-mère de Tony dans le delta du Niger. Des entreprises multinationales des pays industrialisés sont présentes dans la région et y exploitent le pétrole - dont la majeure partie est destinée aux pays du Nord - provoquant une incroyable pollution de tout l’environnement. C’est la triste expérience que font bon nombre de partenaires de MISEREOR en Afrique, Asie et Amérique latine : la richesse s’en va et la pauvreté demeure. Par l’intermédiaire de MISEREOR, ils veulent faire prendre conscience de ces réalités à nos paroisses, nos diocèses et à la société allemande en général. Le petit garçon sur la photo nous regarde et implore notre aide.
En toile de fond de cette scène, le peintre représente les dangers que constitue la pollution de l’air pour l’humanité tout entière. Ses couleurs apocalyptiques nous mettent en garde contre les conséquences du changement climatique. Mais plus encore, trois cheminées d’usine transpercent et pénètrent le domaine de la création divine : le peintre veut nous inviter à la conversion. Là où l’homme ne respecte pas l’ordre de la création, là où il recherche égoïstement son profit et exploite la nature sans la ménager et sans penser aux générations futures, nous courons à notre perte. Le temps de carême est un temps de pénitence et de conversion, de retour à Dieu et à son ordre divin. Afin que tous puissent non seulement survivre mais vivre, nous devons adopter un mode de vie et de production plus responsable. MISEREOR s’engage dans ce sens et nous invite à participer à la mise en oeuvre de cette pastorale de carême.

Vision de la sauvegarde de la création
Se convertir, c’est se mettre à l’écoute de Dieu, de son Esprit créateur, et respecter l’ordre qu’Il a établi dans le monde. Cette idée, l’artiste la représente en dirigeant la tête de la colombe – symbole de l’Esprit – vers le centre de la famille humaine assemblée. Des personnes de tous les continents - Noirs, Arabes, Asiatiques, Latino-américains et Blancs, hommes et femmes - sont rassemblées autour du globe.
Tous sont éclairés par la lumière du cierge pascal, symbole du Christ ressuscité, de l’alpha et de l’oméga, du commencement et de la fin. Le cierge pascal, au milieu du groupe, jaillit de la terre, faisant pendant à la dynamique créatrice de l’Esprit (colombe). Il signifie que le Dieu de la vie nous fait revivre et nous donne un nouveau départ dans la nouvelle alliance en Jésus Christ.
Le Seigneur envoie sa lumière et son Esprit, lui qui « renouvelle la face de la terre » (séquence de la Pentecôte). S’ouvrant à l’Esprit du Seigneur, les hommes se préoccupent de la pénurie de matières premières, de l’épuisement des ressources énergétiques (voir le vase d’huile dans la main de l’Arabe) et de la menace qui pèse sur le monde animal et végétal (symbolisé par les objets que tiennent les autres personnages dans leurs mains). Ces hommes préservent la diversité biologique et assurent la nourriture et la santé (la fleur est une version africaine de la griffe du diable – une plante médicinale en voie d’extinction).
Tony Nwachukwu réfute énergiquement l’idée qu’il serait hostile à l’industrie. Ce qu’il appelle de ses vœux, c’est une production durable, qui tienne compte des impératifs sociaux, économiques et écologiques. Elle doit être en harmonie avec la sauvegarde de la création. C’est l’objectif que MISEREOR réclame également. Il s’agit de rechercher la justice et le bien public mondial. C'est à cette tâche que s’attellent les partenaires de MISEREOR dans les pays du Sud et en Allemagne. Tony représente cette idée en image en associant l’usine (à droite et au centre) à deux proverbes africains : « La vie de l’eau est la vie du poisson » et « Si la mer vit, le poisson vit aussi ». Sous l’usine, dans le bas du cercle esquissé, vagues et poissons forment également un tout harmonieux.
De même, pour exprimer un point fondamental sur le sujet de la pérennité, Tony se sert d’un autre proverbe (voir le poisson, au-dessus de l’enfant en bas à droite, sur lequel est assis un pêcheur) : « Le pêcheur n’utilise pas son hameçon seulement pour le poisson sur lequel il est assis ». Et, juste au-dessus du poisson, l’animal stylisé aux pattes végétales signifie : « La viande n’est pas produite sans plantes ». L’homme doit prendre soin des plantes et des animaux. Tony a également représenté un autre proverbe africain dans la coiffe de l’Africaine : « Un chasseur ne chasse pas l’oiseau qui est posé sur sa tête ». L’humanité ne peut quand même pas être entraînée consciemment dans un suicide climatique !
L’homme, lui-même création divine, a la responsabilité de prendre soin de l’environnement, une création également – ne serait-ce que pour sa propre survie, mais aussi par respect pour son Créateur. De ceci nous en sommes redevables à nos enfants, nos petits-enfants et aux générations à venir pour ne pas être coupables vis-à-vis d’eux. C’est ce qui se lit dans le regard de l’enfant (en bas à droite) qui veut toucher notre intelligence et notre cœur. Il faut agir. Sauvegarder la création divine pour que tous puissent vivre. C’est la devise de la campagne de carême et le titre du voile de carême.


L’artiste
C’est le Nigérian Tony Nwachukwu qui a peint le voile de carême pour les années 2009 et 2010.
L’artiste, peintre, sculpteur et spécialiste des symboles graphiques est né en 1959 à Enugu (Nigeria). Il vit aujourd’hui avec sa femme et ses quatre enfants dans la ville d’affaires d’Owerri. Il a prêté les traits de son plus jeune fils, Dabere, à l’enfant du voile de carême. Tony Nwachukwu a une galerie d’art à Owerri dans laquelle il expose ses œuvres. Il utilise beaucoup la technique du batik et conçoit entre autres des ornements liturgiques. Il a réalisé des chemins de croix pour quelques églises dans le Sud de l’Allemagne et en Autriche.
L’œuvre de Tony Nwachukwu témoigne d’une transmission réussie entre la culture traditionnelle des Ibo et l'Afrique moderne, les thèmes chrétiens y jouant un rôle tout particulier.








 
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